Comme à tous les matins, je sort mon petit calepin dans l’autobus. Je trouve cette endroit et ce moment précis de la journée si inspirant. C’est incroyable d’observer les gens, chacun et chacune loger dans leurs petites routines quotidiennes. C’est même fascinant. Depuis déjà quelques mois que j’occupe le même emploi et que chaque matin, j’emprunte le même trajet à la même heure retrouvant les mêmes gens. Je reconnais maintenant leurs visages familiers, leurs vêtements d’hiver, leurs places respectives, leurs petites habitudes matinales.
Plus particulièrement, il y a un passager que je classifierais dans la catégorie ”craquant”. Je l’ai remarqué il n’y a que quelques semaines seulement. Peut-être est-il là depuis mon abonnement au trajet 95, qui sait! Depuis son entré soudaine dans mon univers, je me pose sans cesse la même question : comment fait-on pour aborder un complet inconnu dans le transport en commun? C’est le genre de situation toujours présente dans les film ou le sujet idéal pour les textes d’un groupe de musique pop destiné aux filles. Pour ce qui est de la vrai vie, c’est toute une autre paire de manches, croyez moi.
Mon imagination fébrile et moi n’avons tout de même pas laisser cette situation à la dérive. Voilà pourquoi que la conception d’une tactique de rapprochement viens me hanter trop fréquemment. Elle me rend complètement fiévreuse le soir venu et complètement stupide une fois rendu à bord de l’autobus dès le lendemain matin.
PREMIER ESSAI
L’idéal est de faire comme s’il s’agissait du destin, et non les tentatives farfelus de la jeune hurluberlue que je suis. Je met donc en oeuvre cette première manoeuvre. Interdiction complète de m’agripper aux poteaux décoratif de l’autobus pour faciliter mon équilibre. De cette façon, j’arriverai à me laisser tomber dans ses bras afin qu’il puisse me secourir. Le premier contact sera fait, et comme un preux chevalier, il s’assurera que je vais bien en m’invitant à discuter le soir même autour d’un verre.
RÉSULTAT
Tout en respectant mon interdiction, j’applique le refus complet de stabilisation possible. Au premier tournant, je suis éjectée dans le fond du bus. Je me retrouve les pied par dessus la tête, renversant mon breuvage matinal au grand complet. Mon foulard anciennement blanc est devenu d’une couleur brunâtre. C’est avec le manteau trempé que je prend place sur sur le banc qu’un vieux monsieur m’offre si gentiment. La tête baissée que je décide de remettre mes stratégies à demain. Je me console en me disant que maintenant, il m’a remarqué, inévitablement.
DEUXIÈME ESSAI (de tentative)
La deuxième tactique m’a été gracieusement proposé par mon imaginaire le soir venu, pendant le lavage à la main de mon foulard. Cette fois si, le plan est infaillible. Impossible de penser qu’il échouera. IM-PO-SI-BLE. Je n’ai qu’à me placer stratégiquement face à lui et échapper mes effets personnelles. Si bien élevé qu’il est (j’en suis convaincue), il les ramassera pour me les remettre. Et voilà, encore une fois le premier contact fait, pour être certain que je n’ai rien perdu, il s’assurera que je vais bien en m’invitant à discuter le soir même autour d’un verre.
RÉSULTAT (non espéré)
Je suis parvenue désespérément à m’installer debout devant lui, de peine et de misère. Le déversement débute! Je m’applique tant bien que mal à ”échapper” mes choses le plus subtilement possible. Il n’y a qu’un seul petit détail auquel je n’avais pas du tout pensé. Il est si plongé dans la lecture de son livre (Les Confessions de Saint Augustin (oui oui, je suis assez déséquilibrée pour le noter)) qu’il ne remarque absolument pas la formation du tapis constitué de la totalité entière de mon sac à ses pieds. Déjà son arrêt! Il enjambe le monticule et me quitte. Mon fouillis est maintenant éparpillé entre les pied de tous les passagers et je dois sortir à mon tour.
TROISIÈME ESSAI (le plan machiavélique)
Suite à mes quelques jours de répit imposé, j’ai enfin réussi à concocter LE plan le plus géniale. Il faut dire que j’y ai travailler afin de le peaufiner. Ce matin, c’est le Matin, avec un grand ”M” (aussi comme dans ”Méchante détraquée”). Je suis gonflée d’énergie. Il n’y a rien pour m’atteindre! Et c’est d’un pas ferme et décidé que j’entre dans l’autobus. La chance est définitivement de mon coté. Le siège à ses cotés est vacant, il n’attendait plus que moi. Je m’y installe, sort mon calepin comme à l’habitude et débute mon écriture en m’appliquant du mieux que je peux pour faciliter sa lecture. Puis sous le charme, pour s’assurer que je suis bien, il m’invitera à discuter le soir même autour d’un verre.
RÉSULTAT (déplorable)
”Bonjour… Je te trouve très séduisant. Comme je n’ai aucun talent dans se genre de situation, j’espère fortement que tu es assez curieux pour regarder par dessus mon épaule et lire ce que je t’écris. Je crois que si je te parles directement, ma nervosité va faire en sorte que mon café ne se retrouvera pas sur moi comme à l’habitude, mais viendra t’ébouillanter à la place. Donc, si tu veux prendre contact avec moi, inscrit les mots Valérie Magique sur ”Google” et …”
Amusé de mon petit jeu, il toussota en prenant bien soin de me montrer la bague de mariage qu’il porte au doigt jusqu’à ce jour soigneusement dissimulée par ses gants…
Aujourd’hui, je le regarde toujours (discrètement du moins) en prenant place dans l’autobus. Comme à tous les matin, je me laisse imprégner de l’inspiration que je trouve dans l’autobus. Puis à chaque fois que je sort mon calepin, j’aperçois avec enchantement son petit sourire en coin.