Valérie Magique ou L’interminable Périple Labyrinthique


Spécial 8 mars - Première Partie
Samedi, 8 mars, 2008,
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La Chasse-Galerie

à Jeannine et Jasmine

La neige tombait doucement sur la nuit, comme si des milliers d’étoiles avaient décidées de quitter leur douillet univers pour venir nous rendre visite en cette veille du Jour de l’an. Le regard de ma grand-mère admirait ce spectacle par la fenêtre du salon où nous étions tous réunis, festoyant la bienvenue de cette nouvelle année. Son regard plein de nostalgie révélait un souvenir du temps passé qu’elle gardait précieusement dans sa mémoire, se consolant avec cette pensée en attendant le retour de mon grand-père, l’homme qu’elle aime.

L’atmosphère était fébrile dans cette maison aux odeurs de souvenirs d’enfance de ma mère. Le festin traditionnelle était comme à l’habitude, tout aussi délectable. De quoi se ravigorer pour le reste de l’année au complet : soupe aux huîtres, ragoût de pattes de cochon, ragoût de boulettes, dinde, tourtières, salade de concombres, pommes de terre pilées, pommes de terre au four, ketchup aux fruits, légumes de saison couronnés par des milliers de gâteaux et friandises maison que toutes les femmes avaient préparées dans le plus grand respect de la tradition.

- Grand-maman, que regardes-tu comme ça au loin?

- Les clochers.

Cette réponse me sembla tordue. L’église du village n’était pas visible de sa maison perchée dans les campagnes de la rive sud de Montréal.

- Tu sais, dans une nuit comme celle-ci, il faut apprendre à les éviter.

Je ne comprenais toujours pas ce qu’elle voulait insinuer. Ma mère qui nous observait avec un sourire amusé s’approcha et s’installa pour écouter le récit de cette légende au combien de fois entendu mais qui pour la petit fille que j’étais semblait si mystérieux. Les yeux émerveillés et les oreilles grandes ouvertes, je me suis laissé imprégner de cette fable qu’elle nous racontais.

<< C’était un soir comme celui-ci, la veille du jour de l’an, il y a de cela 34 ou 35 ans. Nous étions tous réunis comme se soir attablés devant le même festin, celui que ma mère nous préparait avec tant de soins et de soucis. C’était ma première veille du Jour de l’an de jeune mariée, et le premier sans mon homme. Déjà avant la première neige de la saison, il s’était envolé vers le pays de l’Abitibi travailler à la sueur de son front pour rembourser la dette que nous avions suite à l’acquisition de notre petit royaume, cette maison où nous sommes.

Comme le réveillons n’était pas seulement un rassemblement familiale mais plutôt une réunion dans le village, toutes les familles se rassemblaient après la messe pour s’offrir leurs meilleurs voeux de Bonne Année. C’était aussi l’occasion pour nous autre, les jeunesses du village, de se pavaner dans nos nouvelles tenus de soirée ”home made” mais aussi de se mettre à jour dans nos potinages sur nos histoires de coeur. Il n’y avait par contre pas tant de faits saillants du au fait que pour la plus part d’entre nous, nos hommes étaient tous montés au chantier. Le plus croustillant qu’il était possible de s’échanger était de nous lire entre chacune d’entre nous les derniers billets doux qui Dieu sait prenaient une éternité avant de nous arriver. Ces petits bout de papier froissés, milles fois pliés et dépliés réussissaient à nous emplir les yeux des étincelles du soir.

Ce soir là, ce n’était pas suffisant. Je ne pouvais pas croire que je devais me résigner à rester ici, sans l’ombre de mon homme. Déjà quelques semaines que je planifiais l’escapade. J’avais une occasion en or de tout mettre en oeuvre. Nous étions toutes rassemblées. J’ai attendu que les oreilles indésirées soit incapable d’entendre ce que j’allais révéler avant d’entrainer mes comparses dans ma combine.

Je les entrainas dans la grande, tout au fond, où mon père rangeait ses équipements. Là, sous le vieux drap poussièrieux était la solution à nos complainte et allais réduire en miettes tous les soupires qu’il était rendu incapable de contrôler. J’empoignas le lambeau de tissu qui recouvrais le canot d’écorce de mon père et je tira dessus dans un grand mouvement endiablé pour accentuer l’effet théâtrale.

- Mesdames, attachez bien vos jupons, car se soir, nous courons la Chasse-Galerie.

Les réactions n’ont pas du tout été celles escomptées. Je réalisais que j’avais affaire à une bande de poules mouillées. Voilà qu’elles ont, pour une fois l’occasion de vivre une aventure, emplir le poumon de jeunesse d’une air nouvelle, de mordre à pleine dents au gout de l’adrénaline.

- Que Dieu ait ton âme. Comment oses-tu blasphémer et lier un pacte avec Belzébuth pour le simple bonheur d’aller voler un baiser à ton homme.

- Personne ne parle de vendre votre âme au Diable, simplement de vous éclipser quelques heures pour aller vous amusez. Et vous ne vous demandez pas à quoi peut bien ressembler un chantier?

Et voilà, je venais d’effleurer la corde sensible. Nous, jeunes femmes nous étions, étaient trop curieuses pour laisser filer cette chance. Au Diable l’Église et la religion pour cette soirée. Dieu pourra bien attendre à demain, c’est Satan qui alla guider notre chemin. Il fallait s’activer rapidement. Minuit s’approchait déjà trop rapidement. Nous emboitions le pas afin de sortir le canot dans la lueur de la nuit. Puis, chacune d’entre nous pris place dans le canot, un aviron à la main. Prenant place aux commandes, le décollage alla s’amorcer.

- Mesdames, à vos avirons. Souvenez vous! En aucun cas le nom de notre seigneur ne doit être prononcé, murmuré, ni même pensé. Et surtout, faites gare au clochers, sinon, nous piquerons droit vers le sol et ne pourrons revenir à temps.

Un gigantesque frisson nous transperça la peau sous nos fourrures et manteaux. Nous nous aggripâmes du mieux que nous pouvions avant d’entreprendre notre décollage.

- Mesdames, allons! Répétons en coeur!

Et tous ensemble, nos voix faisant qu’une vinrent transpercer la nuit.

- Satan! roi des enfers, nous te promettons de te livrer nos âmes si d’ici à six heures nous prononçons le nom de ton maître et du nôtre, le bon Dieu, et si nous touchons une croix dans le voyage. A cette condition tu nous transporteras, à travers les airs, au lieu où nous voulons aller et tu nous ramèneras de même à notre foyer! Satan! roi des enfers, nous te promettons de te livrer nos âmes si d’ici à six heures nous prononçons le nom de ton maître et du nôtre, le bon Dieu, et si nous touchons une croix dans le voyage. A cette condition tu nous transporteras, à travers les airs, au lieu où nous voulons aller et tu nous ramèneras de même à notre foyer!

Le sol s’éloigna de sous le canot à la vitesse de l’éclair. Nous fûmes instantanément éjectées dans le ciel à la poursuite du chemin qui nous guidera à ceux qui occupaient et qui occupent toujours nos coeurs.

à suivre…


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