Copie Conforme
Mon humeur va de paire avec la température matinale d’aujourd’hui, maussadement amer. Tout est gris dans mon univers, dans le ciel aussi.
Une question tourne et retourne dans mon esprit. Elle danse sur un air moqueur, me pointant du doigt pour m’abaisser, me trouvant déplorable. Elle martel de plus en plus fort la même ritournelle, entrainée par la cadence de plus en plus rythmé. Elle me hante, me trouble, me rend malade.
Je suis minable. Voilà déjà un bon moment que je n’ai rien créé, me scande-t-elle. Qu’aucune émotion n’est apparut de mon pinceau, qu’aucun cliché n’est sortie de mon appareil, qu’aucun croquis n’a su me garder éveillé toute la nuit, qu’aucun projet a réussi à me tenir sur la corde raide. Je suis de plus en plus minable.
- QU’EST-CE QUE TU FOU!, me hurle-t-elle.
Je suis prise au piège. Enchaînée par une immense corporation qui me tend les clés de la porte du grand rêve mélancolique dont tous les copies humaines souhaite accéder un jour. Tous en rang, dans un enchaînement démesuré d’androïde qu’ils sont, attendant sans broncher la même vie morose que sont semblable. Et m’y voici à mon tour, atteignant un rêve que je n’ai jamais désiré, jamais souhaité, jamais espéré.
Je m’enfonce comme toutes ces gens qui ont rangé au plus profond d’un placard l’étincelle qui les enflammait pour ne devenir qu’un inerte copie conforme de la mélancolie.
Absance prolongée
J’ai absolument rien à vous dire aujourd’hui. J’aurais beau me vomir les tripes à l’écran, je crois que le résultat en serait plutôt déplaisant.
Le tout émane de ma drôle de journée. J’y ai flotté comme transporté par une curieuse transe. Probablement causé par mon manque de sommeil de la veille. Un étrange mélange de café au lait et d’aveux inusités qui ont fait travailler ma tête sans interruption jusqu’à l’inévitable effondrement. Je me suis perdu au fil de mes pensées et mon insouciance ne m’a définitivement pas aidé. Aurais-je du déposer tout au long du chemin de petits cailloux scintillant m’aidant à reprendre la direction du retour? Probablement pas… Ma tête s’en serait retrouvée à la renverse alourdi par le poids du gigantesque labyrinthe tricoté par le tracé que j’ai emprunté.
Résultat de cette insomnie? J’ai donc du m’absenter du travail. Exilé dans les recoins les plus sombres de mon esprit, c’est une automate qui a su prendre la relève le temps de retrouver le chemin vers la réalité. Gestes robotisés, paroles standardisées, mouvements saccadés, regard absorbé. Paradoxalement, nul n’a semblé distinguer la moindre anomalie. Il faut dire qu’une fois que nous somme tous enlignés, chacun et chacune dans nos enclos en rangés, il n’y a plus vraiment rien qui importe.
Et bien que je me retrouve dans le confort douillet de mon salon, je ne suis pas toujours pas de retour.